Un Homme au Singulier – Christopher ISHERWOOD

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Un Homme au Singulier

Par Christopher ISHERWOOD
Genre : Tranche de vie, littérature LGBT
Chez Grasset
Collection « Les cahiers Rouges »

8€20 – 175 pages

Et c’est ici, presque tous les matins, que George, arrivé au pied de l’escalier, a cette sensation de se trouver soudain au bord d’une corniche à pic, brutalement creusée, aux arêtes vives – comme si la route avait été emportée par un glissement de terrain. C’est ici qu’il s’arrête pile et sait, avec une acuité à donner la nausée, presque comme pour la première fois : Jim est mort. Est mort.

Un Homme au Singulier, c’est tout d’abord A Single Man, film découvert par hasard sur une obscure chaîne appelée ARTE. En version sous-titrée, s’il vous plaît. Pas besoin de dire que je suis immédiatement tombée amoureux de la patte rétro de ce film, pas besoin de dire que j’ai filé m’acheter le roman.
Un roman que j’ai mis plus de deux ans avant d’avoir le courage d’ouvrir.

Et boum, claque dans ta face. (enfin la mienne, du coup.) J’avais un peu peur concernant l’écriture du roman, la maison d’édition m’impressionnait un peu. Pour moi, Grasset c’est un peu la maison des textes très compliqués mais surement grandioses. J’avais peur de tomber là dessus, sur un roman de génie mais malheureusement pas compréhensible de tous.
ET BIEN NON !
J’ai été joie. Parce que Isherwood, il écrit quand même foutrement bien. C’est beau, poétique. Oui, c’est beau. Faisons un parallèle avec le film (il n’y a que ça de vrai) : ce dernier est très porté sur le jeu des couleurs, s’accordant avec les sentiments de notre personnage principal, Georges. On pourrait penser, en vu du sujet abordé, qu’Un Homme au Singulier peut être très fade, voire même redondant. Et bien c’est faux, parce que pour avoir une redondance, il faut une écriture à son image. Or, la plume d’Isherwood n’a rien de naze, d’atroce ou de redondante. La plume d’Isherwood, c’est de l’or dans un stylo, c’est tout plein de choses réunies en un seul et même endroit : ce roman. Chaque phrase semble pensée, construite et articulée comme une partition de musique. Il faut que ça sonne juste, il faut que ça sonne beau.

Nous avons alors affaire à une partition de maître, jouée avec brio par George, par cette narration magnifique. Il n’y a pas de je, dans cette histoire, mais ça aurait pu. Nous, lecteurs, sommes plongés dans les réflexions intimes cet universitaire mis à mal par la vie, par cette société américaine emprisonnée dans ses tabous, le regard inquiet tourné vers le bloc soviétique. George est un homme infiniment triste, sortant difficilement du deuil de son amant. George semble uniquement composé de souvenirs et de mélancolie d’un passé meilleur. Durant ces vingt-quatre heures dans lesquels nous le suivons, on finit rapidement par comprendre que ça sera ses derniers vingt-quatre heures. Et pourtant, toujours sous le doux regard de la fatalité, il y a de nouvelles rencontres, de nouveaux espoirs. Ce qui est génial avec ce roman, c’est qu’il n’y a aucun justement sur les choix de George. Oui, il est homosexuel. Oui, il est dépressif. Oui, il aime les partenaires bien plus jeunes que lui. Le jugement se porte sur la triste condition féminine de sa voisine, sur les conditions politiques (et je retiendrai la merveilleuse scène de la voiture), sur les préjugés d’une société… George est intelligent, observateur. Tout se ressent dans cette narration si expressive. Et on rit, et on pleure !

Un Homme au Singulier est un roman qui touche tout en douceur, sans réellement nous secouer. Le film avait été un coup de coeur, et le livre bien plus encore. Je le conseillerai facilement à tous, parce qu’il est beau.

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9 réflexions sur “Un Homme au Singulier – Christopher ISHERWOOD

  1. Pingback: Challenge contre l’homophobie édition 2016 – Sur ma table de nuit

  2. Ahaaah, dur de convaincre, et pourtant, ce livre est très sympa (pourtant, ce n’est pas spécialement mon style de prédilection non plus !) : tout en tristesse mais, comme tu le mentionnes, tout en beauté.
    C’est presque un livre mélancolique, en fait et très parlant pour chacun (je suis donc d’accord, on peut le conseiller à tous !)

    J’ai aimé la note de fin d’ailleurs, pour moi, cette « mort » n’est pas certaine, je l’ai vraiment interprétée comme un « si », une éventualité, une fatalité… histoire de pouvoir se raccrocher à un peu d’optimisme pour la fin~

    Très chouette chronique qui rend hommage à Isherwood et surtout, sa plume 😉

    Aimé par 1 personne

    • Un si, tu dis, concernant la mort ? Anh, mais c’est une hypothèse très intéressante que tu me sors là ! Peut-être pas ce que j’ai toujours un peu de mal avec les fins ouvertes, j’ai pourtant du mal à y adhérer. J’ai énormément aimé dans ce bouquin la force de la fatalité face à la volonté humaine ! Quoi qu’il en soit, je suis contente que cet avis te plaise ! ♥

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